Imprimer Pdf

À Bellevue, l’art s’invite Place Mendès-France

Publié le 03.05.2022

La place Mendès-France, lieu central du quartier Bellevue, doit faire l’objet d’importants travaux de requalification à partir de 2023. En attendant, les cellules commerciales vides accueillent depuis le début de l’année d’étonnants pensionnaires. Visite.

Au vu de la configuration des lieux, tout en bureaux sobres, fonctionnels et vitrés, on s’imagine aisément une banque ou une assurance. "C’était une agence de la Caisse d’Épargne, on a fait sauter la banque", appuie, goguenard, Mathias Saillard, qui occupe désormais cet espace avec trois autres artistes. Depuis novembre dernier, c’est en effet à une toute autre activité que se destinent ces dizaines de mètres carrés laissés vacants en attendant le projet de requalification qui doit voir la place Mendès-France se métamorphoser dans les années qui viennent. 

Du plâtre au sol, de grandes toiles suspendues sur les murs, de la sculpture sur bois ou sur carton, ici et là…Les locaux arborent désormais fièrement une coloration créative. À l’initiative du bailleur social Harmonie Habitat, des Villes de Nantes et Saint-Herblain, 13 artistes ont pris possession des cellules commerciales vidées de ses occupants depuis 2021. Ainsi de l’ancienne pharmacie, actuellement occupée par un peintre, une brodeuse et des soudeurs. Quant à l’ancien Grand Bazar, ce sont deux jeunes peintres-plasticiens qui redonnent vie à ces murs.

Le dessinateur Mathias Saillard à sa table de travail, dans les anciens locaux de la Caisse d'Épargne, place Mendès-France © Julien Gazeau

"L’idée de ce projet est de maintenir une activité et de la vie dans ces locaux en attendant leur destruction pour laisser place à un grand mail paysager, précise Agathe Konate, chargée de mission pour le Grand Bellevue. Et puis, ça permet d’offrir des lieux de travail à des artistes plasticiens, la plupart assez jeunes, et pour lesquels il est difficile de pratiquer dans la métropole, faute de lieux de ce genre".

Précarité des artistes  

De fait, pour les artistes présents dans les lieux, cette proposition de la part des deux collectivités représente une aubaine. "Pour un artiste plasticien, qui travaille souvent sur des volumes importants, un lieu comme celui-ci est une bénédiction, confirme Milena Massardier, qui donne forme au plâtre. Il y a un vrai déficit de lieux comme ceux-ci."

Les locaux commerciaux vides présentent des volumes intéressants pour des artistes plasticiens © Julien Gazeau

Pour d’autres, comme la brodeuse Bettina Sarroyan, ces espaces de travail en commun sont ainsi l’occasion de sortir de l’isolement structurel de l’artiste plasticien, à fortiori lorsque celui-ci sort d’école. "C’est vrai que c’est une belle opportunité de créer du lien entre nous, de nous entraider et d’étendre son réseau. Je préfère largement être ici, dans des lieux adaptés à ma pratique, que travailler chez moi", témoigne la jeune artiste.

"Présenter nos travaux"

Selon la convention signée entre le bailleur CDC Habitat, les deux villes et les 13 artistes, leur installation est prévue pour durer jusqu’au mois de décembre, avant de laisser place aux engins de chantier. "C’est à la fois long et court, regrette Matthias Saillard, qui appartient par ailleurs au collectif La Boîte en valise, déjà installé dans des locaux désaffectés à Preux. Des lieux comme ça, on aimerait y travailler de manière pérenne. Mais on va profiter des conditions de travail qui nous sont offertes pour produire des choses et nous ouvrir au quartier." 

Les artistes réfléchissent ainsi à la manière dont ils pourraient présenter leur travail aux habitants du quartier ou monter des ateliers de découverte de leurs pratiques. "On est ici dans un quartier dont on entend souvent parler en mauvais termes, avec beaucoup de personnes précaires, mais c’est aussi un endroit qui recèle une richesse inattendue, témoigne ainsi le jeune peintre Rémi Drouard. Il faut juste savoir ouvrir les yeux pour la voir".

Dans l'actualité