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Sur les traces du Maquis de Saffré à la Bouvardière

Publié le 20.06.2022

Un chemin de mémoire vient d’être installé sur le site de la Bouvardière situé rue du Parnasse à Saint-Herblain. Le comité du souvenir du maquis de Saffré a pris cette initiative avec le soutien de la Ville.

Des photos d’archives, des cartes de localisation et des textes permettent désormais aux visiteurs et visiteuses de mieux comprendre le drame qui s’est noué les 28 et 29 juin 1944 dans la forêt de Saffré puis à Saint-Herblain. Ces 6 panneaux scellés dans les murs de l’allée qui mène au monument des fusillés de la Bouvardière sont très pédagogiques. Rédigés en français et en anglais, ils racontent l’un des plus importants accrochages militaires de l’ouest de la France. "Ce monument en mémoire des 27 fusillés du maquis de Saffré est peu connu et peu visible. Il nous paraissait important d’inviter les passants à s’y attarder en relatant les événements" expliquent Étienne Gasche et Thierry Durand tous les deux attachés à la mémoire de cet événement dramatique et membres actifs du comité du souvenir du maquis de Saffré.

300 hommes dans le maquis

À l’époque, la France est occupée par l’armée allemande. Le Débarquement des forces alliées anglo-américaines et canadiennes a eu lieu en Normandie le 6 juin 1944. En forêt de Saffré dans le nord de la Loire-Atlantique (à l’époque Loire-Inférieure), 300 jeunes maquisards attendent des armes pour poursuivre la lutte contre l’occupant. Originaires de plusieurs communes du département, ces hommes  sont tous jeunes. Certains sont agriculteurs, d’autres cantonnier, coiffeur, prêtre, instituteur. Quelques-uns sont réfractaires au STO (service du travail obligatoire organisé par les Allemands) et se cachent dans les fermes aidés par les agriculteurs. Les hommes ne disposent que de 60 armes selon les 3 soldats de l’opération Jedburgh arrivés sur place le 27 juin.

L’encerclement

Le 28 juin 1944 dès l’aube, le maquis infiltré par des miliciens est encerclé par 1 500 Allemands. Ces derniers disposent d’un imposant matériel de guerre tandis que les maquisards sont rapidement vaincus. Plusieurs ont réussi à prendre la fuite avant l’arrivée des troupes allemandes. 13 maquisards armés se sacrifient pour protéger la fuite de leurs camarades. Ils sont abattus sur place lors de l’attaque.
35 maquisards sont faits prisonniers et emmenés à la prison La Fayette à Nantes puis au château de la Bouvardière à Saint-Herblain. Le lendemain 29 juin, un simulacre de procès a lieu en allemand. 27 sont condamnés à mort. Aucun n’est autorisé à écrire une lettre à leurs familles. Pour montrer leur courage et leur engagement pour la liberté, ils sont menés au poteau d’exécution en chantant la Marseillaise. Les exécutions s’enchaînent quatre par quatre espacées de quelques minutes.

Deux hommes sont assassinés quelques jours plus tard et les autres mourront en déportation. Seuls deux des 35 condamnés auront la vie sauve car ils ne portaient pas d’armes au moment de l’attaque. Les familles seront informées du sort qui leur a été réservé plusieurs jours plus tard voire même quelques semaines après.

Se souvenir

Après-guerre, l’Abbé Ploquin et le coiffeur Jean  Sauderais les deux rescapés  pourront expliquer le drame. Les armes attendues arriveront le 29 juin dans la soirée au même moment que les exécutions. "Aujourd’hui il y a une demande de mémoire solide. C’est la raison d’être de ces panneaux d’histoire qui retracent ces heures sombres de la résistance en Loire-Atlantique alors qu’il ne reste plus de témoins de l’époque" expliquent MM. Durand et Gasche. Très actif dans cet effort de transmission de la mémoire, le comité du souvenir du maquis de Saffré a également créé un site internet dédié à ce fait d’armes tragique. De nombreux entretiens de témoins du drame ont été filmés dans les années 1990 et 2000 par Étienne Gasche, Dominique Bloyet et Jean-François Lainé et sont accessibles en ligne.

Mercredi 29 juin à 10h une cérémonie du souvenir se tiendra au monument consacré aux 27 fusillés situé rue du Parnasse à côté de la place du maquis de Saffré. À noter également que ce chemin de mémoire est en accès libre depuis la rue. N'hésitez pas à vous y attarder.

 

"Mon oncle avait pris le maquis"                

Thierry Durand est le neveu d’un des 27 fusillés. "Mon oncle Georges Durand faisait partie d’une fratrie de 4 frères issus de parents agriculteurs de Fay-de-Bretagne. Après avoir fait le séminaire à Guérande, il est devenu instituteur. Il exerçait son métier à Saint-Aubin-des-châteaux à côté de Châteaubriant. Deux ans avant ces événements qui devaient lui coûter la vie, il rejoint la résistance. Son engagement date du message "le canal de Suez est en feu" diffusé par radio-Londres. Très discret, il sortait le soir tard pour rejoindre la forêt de Teillé où il était en lien avec d’autres résistants. Le 28 juin il se trouvait au maquis. Arrêté les armes à la main, à l’âge de 21 ans, il a été arrêté et envoyé au manoir de la Bouvardière à Saint-Herblain où il a été fusillé à 23h04. Son corps a été exhumé en septembre 1945 au cimetière de la Chauvinière puis a été enterré au monument aux morts dans le cimetière de Fay-de-Bretagne."

 

 

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