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Enfants Roms : la Ville bonne élève

Publié le 28.03.2022

Depuis plusieurs années, la Ville de Saint-Herblain se mobilise aux côtés de partenaires associatifs afin de favoriser la scolarisation des enfants issus de la communauté Rom présents sur son territoire. Une façon de faciliter, en complément d’autres actions, l’insertion durable de ces populations.

Ils sont présents dans les interstices de nos villes et vivent la plupart du temps dans des conditions d’une extrême précarité. Les populations issues de la communauté Rom, ensemble hétéroclite de personnes sédentarisées issues de l’Europe de l’Est, sont assez présentes en Loire-Atlantique. Si la plupart sont intégrées et vivent dans des logements traditionnels, un certain nombre survit dans des camps de fortune, ici d’anciennes zones industrielles désaffectées, là sous des échangeurs autoroutiers, ici encore sur des terrains vagues…   

À l’échelle de la métropole, ils seraient 2800 à survivre, bon an mal an, dans ces bidonvilles, bien souvent sans accès à l’eau, l’électricité ou des sanitaires. Selon les estimations associatives, près de 500 sont installés à Saint-Herblain, soit environ 200 ménages, répartis sur une douzaine de bidonvilles.

48 enfants ont bénéficié d un programme de trois séances au Musée de l'imprimerie afin de réaliser leur propre livre.

Pour faciliter l’insertion durable de ces populations, plusieurs projets sont menés par les institutions et des associations, afin de travailler sur plusieurs piliers, comme le logement (lire encadré) ou l’emploi. Mais c’est sur la scolarisation des enfants que la Ville de Saint-Herblain et ses partenaires concentrent de nombreux efforts depuis quelques mois. "Le maire d’une ville a l’obligation légale de tout mettre en œuvre pour scolariser les enfants présents sur sa communes qui sont en âge de l’être, rappelle ainsi Loëva Grimaud, responsable du service stratégie éducative à la Ville. Cela vaut donc pour ces enfants Roms. Mais vu leurs conditions de vie, il faut être très proactif pour leur donner une chance d’accéder à l’école. Ce que fait la Ville de Saint-Herblain depuis plusieurs années."

Freins à la scolarisation

Une attitude volontariste qui se concrétise par la mise en place de moyens afin d’inciter les familles à scolariser leurs enfants, par exemple en facilitant les démarches d’inscription, ou en fournissant du matériel scolaire aux familles.  

En outre, suite à un appel à projet lancé par la Préfecture par le biais de la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement au logement, la Ville travaille désormais étroitement avec plusieurs associations dont les médiateurs sont chargés de faire le lien avec les familles et de faciliter l’intégration des enfants dans les écoles herblinoises. "Scolariser ces enfants n’est pas toujours facile car plusieurs freins s’y opposent, précise Loëva Grimaud. Les conditions matérielles de subsistance de leurs parents tout d’abord, qui sont dans la survie quotidienne ; la précarité des installations et les déménagements successifs au gré des expulsions ensuite. Et puis, une fois la scolarisation actée, il faut s’assurer que les enfants ou les parents ne se démotivent pas : assurer l’assiduité à l’école est un travail sur le long terme. Le lien avec les associations partenaires est très important car ce sont des professionnels de l’action sociale, connaisseurs de ces problématiques et souvent roumanophones."

Émancipation de toutes et tous

À Saint-Herblain, plusieurs associations interviennent sur les terrains. Parmi elles, les Pupilles de l’éducation publique 49 et 44 (PEP) dont les médiateurs et médiatrices connaissent bien le territoire. "À l’échelle de la Métropole, nous sommes présents sur six communes : Nantes, La Chapelle-sur-Erdre, Orvault, Bouguenais, Sainte-Luce-sur-Loire et Saint-Herblain, où nous intervenons sur cinq campements, précise Natacha Le Guy, coordinatrice du service médiation scolaire des PEP 44. Notre premier travail, c’est  d’aller sur les terrains pour mieux connaître les  familles. C’est un préalable indispensable. Une fois qu’une relation de confiance s’est nouée, le travail de scolarisation peut être commencé."

Début 2022, près de 80 enfants installés dans des campements à Saint-Herblain avaient ainsi pu être scolarisés, en grande partie grâce à ces actions de médiation scolaire.Au-delà de ces chiffres, les associations travaillent étroitement aux enjeux de l’apprentissage, en proposant des ateliers ludiques sur les terrains et en dehors (comme récemment, au Musée de l’imprimerie) ou en sensibilisant les parents au fonctionnement de l’école. "La Ville de Saint-Herblain nous a par exemple fournit des kits d’apprentissage qu’elle distribue dans les écoles de Bellevue, raconte Natacha Le Guy. Ils contiennent des jeux, de la pâte à modeler, des cahiers, de la colle, des crayons de couleur, des livres…Tout sorte de choses pour pratiquer des loisirs créatifs. Ça peut paraître anodin comme matériel mais les enfants des bidonvilles en sont dépourvus. Grâce à ça, on encourage le jeu et on renforce la relation parents-enfants, ce qui très important pour la réussite éducative future".

Distribution par les PEP des kits pédagogiques préparés par la Ville de Saint-Herblain

Une démarche jugée fondamentale par Christian Tallio, adjoint au maire en charge de la politique de la Ville qui porte ces enjeux sur Saint-Herblain. "C’est une mission de base de la République que de permettre l’émancipation de toutes et tous. Et cela passe nécessairement par l’école, car c’est là qu’ils apprendront la langue et des savoir-faire et savoir-être de base. C’est pourquoi nous nous donnons les moyens de scolariser ces petits", affirme-t-il.

Assiduité

Une fois à l’école, les enfants sont suivis par des enseignants rattachés à des Unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants (UPE2A). "C’est là que la question de l’assiduité est primordiale, relève Loëva Grimaud. Il faut être aux côtés des parents pour que l’école ne passe pas au second plan. Et c’est là aussi que les questions d’emploi et de logement pérenne deviennent cruciales. Il en va de l’avenir de ces enfants."

L’insertion par le logement

En parallèle des questions de scolarisation, la Ville de Saint-Herblain travaille également activement à sortir ces personnes des bidonvilles. Cela passe par des dispositifs comme la domiciliation qui permet d’obtenir une adresse où recevoir son courrier, et donc trouver du travail ou réaliser plus facilement certaines démarches.  

La Ville va en outre crée deux terrains d’insertion dans les années à venir. Pouvant accueillir jusqu’à 12 familles, soit une soixantaine de personnes, ces terrains seront équipés de 12 mobil-home d’occasion allant du T2 au T4, dont 1 aménagé pour les personnes en situation de handicap et d’un parking d’une vingtaine de places. Une fois sélectionnées et intégrées à ces sites, les familles bénéficieront en outre d’un accompagnement social par des structures associatives. "L’idée de ces terrains, c’est de favoriser un cheminement progressif vers le droit commun, rappelle Christian Tallio, qui porte le projet pour la Ville. Le petit format de ces terrains est gage de réussite. Une fois installées, les familles peuvent y rester 6 mois pour stabiliser leur situation, trouver un travail et un logement pérenne. Ils laisseraient ensuite la place à d’autres familles afin qu’elles puissent, elles aussi, entamées leur parcours d’insertion."

Le projet, estimé à 2 millions d’euros (1 million par terrain) pourrait recevoir le soutien de Nantes Métropole au titre du Fonds 1% contre le sans-abrisme. "On ira au bout du projet, c’est une nécessité, conclut Christian Tallio. Seuls 10 ou 15 % des Roms vivent en bidonvilles en France. Et ceux qui le sont ne sont pas condamnés à vivre dans ces situations de précarité indignes d’un pays comme le nôtre. C’est notre conviction profonde."

L’association des PEP tient une chronique mensuelle sur Jet Fm, intitulée « De la caravane à l’école ». Les podcasts sont accessibles sur cette page.