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Les clés d'un logement accessible

Publié le 19.04.2022

C’est une réalité à laquelle sont confrontés de nombreux habitantes et habitants, quel que soit leur niveau de vie : se loger, à coût raisonnable, devient de plus en plus difficile. La problématique n’est pas spécifique à Saint-Herblain, elle concerne toute la métropole. Face à cette situation, de nombreux acteurs se mobilisent.

Six ans d’attente. Et puis finalement, le soulagement. En ce début d’année 2022, Zohra Damene, son mari et ses enfants, vont enfin pouvoir emménager au Tillay, dans un logement du bailleur social Harmonie Habitat, mieux adapté à leurs ressources. La conclusion d’un parcours résidentiel heurté, fait de compromis et de renoncements. "Avant d’arriver ici nous habitions un logement social quartier Preux qui a été mis en vente, témoigne Zohra Damene. Nous avons essayé de l’acheter mais mon mari étant proche de la retraite, le prêt bancaire nous a été refusé...". Pour un T5, la famille Damene débourse désormais 750 euros par mois, un loyer deux fois moins cher que dans le parc privé. "C’est incroyable à dire mais se loger est devenu un luxe. Sans le logement social, je ne sais pas comment nous aurions pu nous trouver un toit."

Situation dégradée

Le cas de la famille Damene n’est malheureusement pas une exception. En France, le logement est le premier poste de dépense des ménages : ils y consacrent en moyenne 27 % de leurs revenus (contre 20 % en 1986). On constate ainsi depuis quelques années une augmentation significative des difficultés à se loger, qui ne concernent plus seulement les catégories populaires mais s’étendent aux jeunes, aux familles monoparentales, aux travailleurs pauvres... Résultat : une croissance importante du mal-logement - 4 millions de Français seraient touchés par ce phénomène -, des parcours résidentiels à l’arrêt, un parc privé qui ne joue plus le rôle d’amortisseur pour des personnes en attente d’un logement social.

L'éco-quartier de Bagatelle, au nord de Saint-Herblain, mélange logements en accession libre, locatif social et accession abordable à la propriété. Faciliter l’accès au logement passe en premier lieu par la prise en compte de la mixité sociale dans la façon de penser l’aménagement des quartiers.

Et la métropole nantaise n’est pas épargnée, elle qui accueille chaque année 6 000 à 7 000 nouveaux habitants. "Il y a effectivement une pénurie patente de logements sur la métropole, qui renchérit les coûts pour se loger, que ce soit à l’achat ou en location, relève Dominique Talledec, adjoint au maire en charge des solidarités. Et Saint-Herblain est évidemment concernée par cette tension. Par exemple, il faut attendre 2 ans et demi en moyenne pour obtenir un logement social. Ce n’est pas acceptable".

Guichet unique

Que peuvent les collectivités comme Saint-Herblain face à cette question ? "De manière générale, une Ville a peu de prise là-dessus, indique Dominique Talledec. Cependant, par volontarisme politique, nous pouvons répondre à des situations particulières par le biais du CCAS." Des dispositifs comme la domiciliation ou le logement intermédiaire peuvent ainsi permettre à des ménages ou des personnes isolées de reprendre pied afin d’accéder à un logement pérenne.

En outre, la Ville de Saint-Herblain peut répondre aux questions sur le logement social : le service logement de la Ville conseille ainsi les habitantes et habitants sur cette question, enregistrer ou renouveler toute demande de logement social. "La Ville agit aussi en tant que “réservataire” d’une partie des logements chez les bailleurs pour les personnes qu’elle contingente. Ensuite, dans les commissions d’attribution, la voix de la Ville est prépondérante", rappelle la responsable du pôle logement au sein des services municipaux.

La Maison de l'habitant, l'espace ressource incontournable

Une question sur votre demande de logement social ? L’envie d’en savoir plus sur vos droits en tant que locataire ? Ou besoin d’obtenir des informations sur l’accession abordable à la propriété ou les aides à la rénovation ? Direction la Maison de l’habitant ! Guichet unique sur les questions de logement, cet espace ressource situé à Nantes est géré par l’Association départementale d’information sur le logement (ADIL). Il fournit de nombreux conseils et propose également un accompagnement personnalisé sur le plan juridique, financier et fiscal sur de nombreuses thématiques : impayés de loyer, plan de financement pour un futur achat…

Plusieurs fois par mois, des ateliers thématiques sont organisés. Le site accueille également un point Info-Energie, ainsi que des permanences de la Fédération Soliha pour les projets de rénovation et d'adaptation de l'habitat ancien.

Maison de l’habitant, 12 rue du Président Herriot 02 40 89 30 15 / contact@adil44.fr
Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi de 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h30. Fermé le mardi matin. Accueil possible sur rdv entre 17h et 18h et le samedi matin.

Volontarisme politique

Enfin, avec la maîtrise de leur foncier, les Villes peuvent créer des zones à urbaniser qui assure la mixité des programmes immobiliers, entre locatif social, accession abordable et logements privés. Des ensembles immobiliers innovants peuvent aussi voir le jour, à l’image de la résidence sociale inter générationnelle Emblème, dans le micro-quartier Allende. Un volontarisme herblinois sur lequel s’appuient les bailleurs sociaux pour développer leur offre de logement. "Sans cela, nous, ne pourrions pas développer de nouveaux projets car nous ne faisons pas le poids face à la puissance financière des promoteurs privés qui peuvent acquérir des terrains à prix d’or", relève Thomas Prud’homme, responsable de la gestion locative chez Harmonie Habitat.

Construire demeure une priorité afin de soulager la demande locative. Cela permet également d’éviter l’étalement urbain, source de pollutions. Ici, le quartier de la Pelousière.

Et Dominique Talledec de conclure : "L’outil le plus puissant demeure effectivement le logement social, que ce soit à la location ou à l’achat via des dispositifs comme la location-accession. C’est grâce à cela que nous permettrons à tout un chacun de se loger."

En chiffres

  • 2 ans d'attente en moyenne pour obtenir un logement social
  • 450 logements à construire chaque année pour respecter les objectifs du Plan local d'urbanisme métropolitain
  • 15 bailleurs sociaux dans la métropole
  • 5994 soit 25,92 % de logements sociaux sur la commune

C'est vous qui le dites

   Jacqueline Barrière, locataire d'un logement social adapté

Jacqueline Barrière, 85 ans, fait partie de ces personnes qui ont vu Saint- Herblain se métamorphoser sous leurs yeux. Elle a habité 50 ans boulevard Winston-Churchill, à l’époque où Bellevue était encore "un petit village". Et puis avec l’âge, certains problèmes de santé sont apparus. "Il faut avouer que le quartier a changé aussi, je ne m’y sentais plus très à l’aise. "Jacqueline se met alors à la recherche d’un logement de taille plus modeste et adapté à d’éventuels déplacements en fauteuil. "À mon âge, c’est une éventualité qu’il convient de prendre en compte", sourit l’octogénaire. Mais très vite, c’est la désillusion. "Il y avait très peu d’offres et les rares que je voyais passer, c’était excessivement cher… »

"Je ne trouvais rien dans le privé"

Jusqu’à ce qu’elle découvre la résidence intergénérationnelle Emblème du bailleur social Harmonie Habitat, quartier Allende. "J’ai eu beaucoup de chance, en six mois, j’avais un logement neuf et très fonctionnel, se félicite-t-elle. Sans ce logement social, tout aurait été plus compliqué."

   Nathalie Tricot, directrice de la Maison de l'habitant

"La métropole nantaise est bien structurée au niveau de l’habitat. Son seul défaut, c’est qu’elle est attractive". Directrice de la Maison de l’habitant, guichet unique pour la demande locative sociale au niveau départemental géré par l’ADIL, Virginie Tricot scrute l’évolution des problématiques liées au logement.

"Soutenir les bailleurs sociaux"

Arrivée à Nantes il y a 3 ans, elle pointe une "crise larvée" sur ces questions depuis plusieurs années, avec une nette aggravation dans le sillage de la crise sanitaire. "Le parc social était déjà à la limite de l’embolie avant le Covid-19, relève-t-elle. Aujourd’hui, c’est très problématique car on constate un report de ménages paupérisés issus du parc privé vers le logement social. Conséquence : les délais d’attente, déjà importants, explosent. D’où l’importance de continuer à construire et de soutenir les bailleurs sociaux". Au-delà de son rôle d’enregistrement, la Maison de l’habitant a également un rôle de conseil juridique, fiscal et financier. "Nous sommes appréciés des usagers car nous sommes neutres, précise Virginie Tricot. Tout sujet confondu, nous avons ainsi réalisé près 120 000 consultations l’année dernière". 

   Thomas Prud'homme, responsable de la gestion locative chez Harmonie Habitat

Issu du mouvement mutualiste, Harmonie Habitat est le plus important bailleur social présent sur Saint-Herblain. "Nous y gérons 1537 logements, sur les 8000 que nous détenons en Loire-Atlantique, précise Thomas Prud’homme. Au quotidien, mon travail consiste à instruire les dossiers des demandeurs et gérer la relation avec les locataires déjà en place." Professionnel du logement social depuis près de 10 ans, Thomas Prud’homme a bien conscience des difficultés croissantes des habitants pour se loger. "C’est un fait, depuis quelques années, les délais d’attente s’allongent dans la métropole nantaise, note-t-il. Ça vaut pour tous les bailleurs. Cela est dû à la fois à l’accroissement des demandes avec la paupérisation de personnes issues du parc privé, mais aussi à la baisse de la mobilité résidentielle dans le parc social."

"Une véritable mission d’intérêt général"

Tenant à souligner "l’excellent travail partenarial" menée avec la Ville de Saint-Herblain, Thomas Prud’homme est convaincu de l’importance de sa tâche : "En tant que bailleur social, nous avons une véritable mission d’intérêt général : aider les plus modestes à se loger."  

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