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Bellevue : sous le béton, des champignons

Publié le 02.03.2022

L’association Environnements Solidaires, bien connue à Bellevue pour ses actions d’écocitoyenneté, lance un étonnant projet d’agriculture urbaine : le développement de champignonnières dans les caves de Bellevue et du Sillon de Bretagne.

Derrière le dense rideau de vapeur d’eau émerge plusieurs dizaines de seaux blancs, desquels dépassent de fines lamelles de champignons pleurotes. La scène ne se déroule pas en forêt ou dans quelque galerie troglodytique du saumurois, là où beaucoup de champignons sont traditionnellement cultivés. Non, c’est bien à Bellevue, au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitat social de la rue de la Mayenne que ces quelques pleurotes en devenir s’épanouissent patiemment dans une atmosphère saturée d’humidité à 80 %.

Un projet que l’on doit à l’association Environnements Solidaires qui a déjà monté, non loin de ce local, la Petite ferme urbaine, espace d’agriculture urbaine qui s’étale sur 1500 mètres carrés en pied d’immeuble (lire encadré). "La champignonnière, c’est un vieux projet qui se concrétise enfin, se réjouit Abdel Zibar, animateur et médiateur de l’association Environnements Solidaires. L’objectif est double : développer un projet d’agriculture urbaine en lien étroit avec les habitants et se réapproprier des lieux qui autrefois pouvaient servir à autre chose, comme du deal de rue…".

Les pleurotes apprécient l'atmosphère des lieux, saturée à 80 % d'humidité

Bientôt des Shiitaké

La cellule de 23m2, fermée depuis la rue, est prêtée par Atlantique Habitation, bailleur avec lequel se sont déjà tissé de forts liens dans le cadre du projet de la Petite ferme urbaine. L’association expérimente ici la culture des pleurotes selon plusieurs substrats - paille et marc de café, carton et marc de café, carton et céréales – avant de la déployer à grande échelle et à des fins productives, dans des caves du Sillon de Bretagne (plus de 100 m2) et du Moulin du Bois (50 m2), d’ici début 2023.

"Cette première champignonnière est un espace test dans l’objectif de développer une culture entièrement biologique à grande échelle, appuie Abdel Zibar. Elle vise à comprendre comment se comportent les mycéliums [NDLR : appareil végétatif des champignons] de pleurotes avec l’écosystème qu’on leur a créé. Et ça semble plutôt très bien fonctionner au regard de leur pousse rapide. Nous essaierons ensuite avec une autre variété de champignons, des Shiitaké, qu’on appelle également Lentins du chêne".  

Un ancien local abandonné a été rénové et transformé en espace test pour la culture de champignons par l'association Environnement Solidaire

Ce projet de champignonnières, qui a notamment reçu un important soutien de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) dans le cadre du label "Bellevue en transition", a plusieurs visées, rappelle Abder Zibar. « D’abord, on se réapproprie des espaces autrefois destinés à des usages déviants. Ensuite, on développe de l’agriculture urbaine dans les quartiers, là où justement l’information sur une alimentation locale et de qualité pénètre le moins facilement. Et enfin, avec ces futures caves de taille importante, on va réinsérer par le travail des jeunes des quartiers en rupture. »

Environnement Solidaire, un peu de campagne…en ville

L’association, installée depuis 2017 au rez-de-chaussée d’une tour du quartier Moulin du Bois, est née d’une expérience : apporter une réponse innovante à la problématique récurrente des encombrants dans l’habitat collectif.

Depuis ses premiers projets, l’association, qui s’est étoffée, travaille désormais sur 3 dimensions dans les quartiers populaires herblinois :

  • la sensibilisation des habitantes et habitants au réemploi de leurs objets, au compostage et aux gestes écocitoyens, notamment via l’agriculture urbaine ;
  • l’insertion professionnelle des habitants au sein même de l’association ;
  • et enfin, la création de lien social, en améliorant le cadre de vie du quartier.

Paysages nourriciers

Au-delà de ces champignonnières, l’association, très implantée à Bellevue et notamment au Moulin du Bois où elle a ses locaux, développe de nombreux projets d’agricultures urbaines. Dans la continuité de sa Petite ferme, elle compte ainsi développer des jardins ouvriers s’inspirant des pratiques de la permaculture aux pieds des immeubles du quartier. "Il y aura un espace partagé pour se former et plusieurs dizaines de parcelles de 50 et 100 m2, précise Abdel. Nous avons déjà identifié une vingtaine de familles prêtes pour s’engager dans le projet. L’idée, c’est de développer de l’agriculture urbaine populaire sur plus d’un hectare, à l’horizon 2024". 

La Petite ferme urbaine, un projet nourricier    

L’espace de 1500 mètres carrés, coincé entre la rue de l’Orne et le collège Ernest-Renan, fait le bonheur des habitants du quartier. Ici, les enfants viennent dorloter les 5 poules qui s’égayent hors de leur poulailler. Ici, des habitants viennent récolter des fruits et légumes qu’ils auront eux-mêmes semer au printemps, ou s’arrêtent simplement pour boire un café et bavarder. Bienvenue à la Petite ferme urbaine, un projet hors du commun porté par l’association Environnements Solidaires.

La Petite ferme urbaine, espace d'agriculture urbaine au coeur de Bellevue

Ce projet, soutenu depuis son lancement en 2017 par le Fonds pour l’innovation sociale, vise à la fois à créer du lien social, sensibiliser les habitants à une alimentation de qualité et aux circuits courts tout en offrant un support pour la création d’emplois.

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