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L’immeuble du Sillon de Bretagne

Propriété d’Harmonie Habitat, il culmine à près de 100 m.

Sa silhouette démesurée s’impose dans tout le nord de l’agglomération. L’immeuble du Sillon de Bretagne a connu des heures difficiles, dues autant aux crises économiques survenues après sa création qu’à sa conception architecturale d’origine.

L'idée d'implanter des logements sociaux sur le vaste terrain situé aux abords de la route de Vannes naît au milieu des années 1960, sous l’égide de la société d’HLM le Toit coopératif, qui allait devenir Home Atlantique. Quatre architectes nantais planchent sur le projet : Jean Boquien, Georges Ganuchaud, Jean Maeder et Jean Parois. Au départ est imaginé un immeuble d’une quinzaine d’étages entouré d’espaces verts et de sept bâtiments de sept niveaux. Mais Noël Lemaresquier, architecte-conseil de l’État, juge le projet trop timoré et engage les concepteurs à rassembler les logements dans un seul géant d’une trentaine d’étages.

Un Village vertical

La construction débute en mai 1970, les premiers logements sont livrés fin 1971, le dernier en 1974. Le plus grand immeuble de France, dit-on alors, abrite une réelle mixité sociale et culturelle. Mais le départ progressif des classes moyennes va concentrer ensuite au Sillon une image sociale dévalorisante, dont l’immeuble devient une sorte de symbole. Un sentiment d'insécurité s'installe. "Pourra-t-on apprivoiser la tour de la peur ?" interroge le journal "Le Monde", qui évoque un "héritage infernal".

"Presque 4 000 habitants (près du 1/10e de la population de Saint-Herblain) dans un seul immeuble : 900 logements, 28 étages dans sa partie centrale de 85 mètres de haut, une longueur totale de 425 mètres. Le type même de construction qui n’aurait jamais dû voir le jour", résume un bulletin municipal de 1979. Les dysfonctionnements du bâtiment, les charges élevées conduisent à des manifestations de locataires. En 1981, le Sillon compte 200 logements vides sur un total de 895 !

Mutation puis métamorphose

L’immeuble souffre effectivement de sa démesure et doit faire l’objet d’une première mutation. "Dès 1977, on décidait de repenser entièrement le fonctionnement du bâtiment. Du 16e au 29e étages, des bureaux ont alors remplacé les logements", notent Christophe Boucher et Jean-Louis Kerouanton ("Architectures et patrimoines du XXe siècle en Loire-Atlantique", éd. Coiffard).

La réhabilitation intervient entre 1984 et 1986 dans le cadre d'une opération "Habitat et vie sociale". Quinze ascenseurs supplémentaires sont installés dans et sur l’immeuble qui affiche un look "pull marin" bleu et blanc. François Mitterrand, Président de la République, vient en personne visiter l’immeuble réhabilité le 8 février 1989.

Mais c’est entre 2011 et 2014, grâce à une opération de renouvellement urbain piloté par son propriétaire actuel, le bailleur social Harmonie Habitat, que le Sillon de Bretagne se transforme de façon spectaculaire. 93 M€ y sont injectés : suppression de logements pour la création d’un grand passage vers le parc (lui-même réaménagé), transformation de logements en bureaux, interventions dans les appartements, sur les façades, sur les parties collectives, création d’une médiathèque et autres pôles de services publics…

Cette fois, c'est le Premier ministre Jean-Marc Ayrault - qui a lui-même vécu 6 ans dans l'immeuble - qui inaugure la fin du chantier de rénovation, le 31 janvier 2014. L'immeuble du Sillon regroupe aujourd’hui 620 logements, 3 300 personnes y habitant ou y travaillant.

L'immeuble du Sillon de Bretagne

Édifié à partir de 1970, l'immeuble du Sillon de Bretagne a déjà plusieurs vies derrière lui...