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L’histoire (probable) du nom de Preux

Vient-il d’un illustre personnage ? D’un haut fait historique ? D’un usage des terrains ou des bâtiments qui s’y trouvaient ?

Tout démarre lors de l’aménagement de la ZAC de Preux, en 1979, avec la découverte des ruines d’une villa gallo-romaine. Le chantier est interrompu et des fouilles préventives sont organisées par l’archéologue Gilles Grévin, aidé de nombreux bénévoles, sous l’autorité de la direction des antiquités historiques de la région des Pays de la Loire.

De la ferme…

Au début de notre ère, la ville de Condevicnum (Nantes) est en pleine expansion. En périphérie, on trouve des exploitations rurales (villae) qui alimentent les citadins en fruits et en céréales. Le territoire de l’actuelle Saint-Herblain se trouvant entre deux importantes voies de communications romaines – vers Vannes et le long de la Loire jusqu’à la mer – il représente un lieu d’implantation idéal. Yves Merlan membre de la société académique de Nantes, écrit ainsi dès 1966 dans les Annales de Nantes et du Pays Nantais : "De nombreuses traces de l’occupation gallo-romaine ont été relevées le long des voies terrestres sur le versant de la Chézine. […] Une construction entourée de fragments de briques est identifiée au village des Preux, près de la tour de télévision."

En effet, la datation des fragments de céramiques prélevées lors des fouilles prouve l’implantation d'un bâtiment rural dès le milieu du Ier siècle. Puis, au milieu du IIe siècle, une bâtisse avec une pièce centrale de 50 m2 desservie en façade par une galerie flanquée d'un cellier est construite.

Les fouilles ont mis à jour des sarcophages et des ossements.
Les pierres utilisées pour la construction des sépultures provenaient de l'ancienne villa gallo-romaine.
… au cimetière

Au IIIe siècle, la villa se dote du confort romain : une installation thermale est accolée à la maison. Comme précisé dans le compte-rendu de fouilles, "ces petits thermes se réduisent à une salle chaude ou étuve (7,50 m x 6,50 m) […] à laquelle est adjointe une baignoire. L’air chaud produit dans le foyer (praefurnium) circulait dans les conduits souterrains et remontait dans des briques creuses placées dans les murs. La grande salle nord (6,70 m x 6 m) faisait office de salle froide".

Des modifications sont apportées à l’habitat à l’époque de Constantin (306-337) mais la villa finit par être abandonnée, peut-être vers la fin du IVe siècle, et tombe en ruine de façon progressive.

Une partie de l’espace sera réoccupée à la fin du VIe ou au VIIe siècle par une nécropole mérovingienne. Trente tombes sont mises à jour ; 80 % d’entre elles sont aménagées dans le hérisson (sorte de vide sanitaire) des murs antiques.

Petra, pierre, Preux

C’est peut-être là que se trouve l’origine du nom de Preux. Albert Dauzat, célèbre linguiste, énonce dans son dictionnaire étymologique cette interprétation « PREUX = PAYROUX = PEYRE ; du latin PETRA (pierre, rocher, montagne), peut désigner aussi des mines antiques ». Or à Saint-Herblain, une partie des tombes était installée à l’intérieur des fondations de pierre de la villa : le nom de Preux évoquerait le souvenir de la nécropole mérovingienne, avec ses tombes édifiées à partir des matériaux de la maison de campagne gallo-romaine.

Jusqu’aux fouilles sur le terrain du Zénith en 2006, ces découvertes ont constitué les seuls témoignages précieux du passé lointain de Saint-Herblain. Après un an de fouilles, le mauvais état et les dégradations subies par les vestiges au cours du temps ont raison de la recherche archéologique et les travaux reprennent. 250 logements seront construits à cet emplacement à partir de décembre 1979. Demeure le nom de Preux.

Une léproserie à côté de la Poste ?

Cette seconde hypothèse fait appel à la mémoire populaire. Il y a les souvenirs des agriculteurs qui évoquaient "les champs des morts". Il y a les sarcophages découverts à proximité de la Poste, non loin de la villa romaine, et les ossements sans sarcophages, sépultures des plus pauvres, sur tout le reste du terrain. Il y a le rattachement du village de Preux à la frairie de Saint-Gilles, qui évoque le passage des Templiers et des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, connus dans toute l’Europe pour le culte de ce saint guérisseur et à l’origine de nombreuses léproseries.

Une série de coïncidences qui aurait pu indiquer la présence d’un de ces établissements… d’où le nom de Preux. Mais aucun chercheur n’en ayant trouvé les traces dans la commune, l’explication gallo-romano-mérovingienne reste encore à ce jour la plus plausible.