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Conférence : les chercheurs sur la piste du langage animal
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Et si les animaux possédaient, eux aussi, une forme de langage ? Longtemps considérée comme une spécificité humaine, cette capacité est aujourd’hui étudiée par les scientifiques. L’éthologiste Alban Lemasson, co-auteur de Quand les animaux prennent la parole !, présentera ces découvertes fascinantes lors d’une conférence le 17 mars à la médiathèque Charles-Gautier-Hermeland.
Vos recherches en éthologie et linguistique battent en brèche l’idée selon laquelle le langage serait l’apanage du genre humain…
Les chercheurs n’ont pas encore résolu l’énigme de l’origine du langage humain. Il y a plusieurs courant de pensées. Certains décrivent le langage comme strictement propre à l’homme. D’autres encore considèrent que le langage serait une évolution de la communication gestuelle des grands singes. J’appartiens à la catégorie de celles et ceux qui pensent que le langage trouve en partie ses racines dans la communication ancienne. En étudiant la communication vocale des animaux et la manière dont elle évolue, nous cherchons à comprendre les origines du langage humain lui-même.
Quand vous parlez de « langage animal », de quoi s’agit-il exactement ?
Pour répondre à cette question, il faut partir de ce qui caractérise, de manière universelle, le langage humain : transmettre des messages, converser avec d’autres individus, respecter des règles, apprendre socialement, imiter. Le langage implique aussi une dimension sémantique. autrement dit, les sons ont un sens. Il y a une intention de communiquer, une capacité d’imitation et un apprentissage au contact des autres. Ce que nous observons chez certaines espèces, notamment celles qui vivent en groupe, c’est la présence de plusieurs de ces éléments. D’ailleurs plus une société animale est complexe, plus sa communication l’est aussi.
Comment différenciez-vous un son ou un cri réflexe de ce qui pourrait s’apparenter à une forme de langage animal ?
La communication peut être en partie automatique. Un cri de peur, par exemple, peut être génétiquement programmé. Le langage implique quant à lui un apprentissage, une capacité d’imitation. Chez certains singes, les jeunes apprennent quels cris utiliser en observant les adultes pour signaler un danger, par exemple. Ils envoient un message. Des espèces d’oiseaux chanteurs sont incapables de chanter si, petits, ils n’ont pas eu un modèle adulte. La capacité à imiter est également très présente chez les cétacés dont certains ont même leur propre dialecte selon l’endroit du globe où ils vivent !
Vous avez également mis en évidence des formes de syntaxe chez les primates… En somme, ils font des phrases !
Oui. Par exemple, nous avons identifié chez le Mone de Campbell, un petit singe originaire d’Afrique de l’Ouest, des combinaisons de cris. Un « krak » va signifier la présence d’un léopard et un « hok » celle d’un aigle. Ils associent ces sons à un « oo » pour signifier plus généralement qu’un danger vient du sol ou des airs. Cela montre qu’ils ne produisent pas simplement des sons, mais qu’ils organisent leurs signaux pour transmettre une information précise.
Peut-on vraiment parler de conversation chez les animaux ?
C’est le cas pour certains animaux comme les singes, les étourneaux… Nous observons des échanges structurés, avec des tours de rôle, des délais de réponse précis. Ces interactions servent à maintenir le lien social, pas seulement à signaler un danger ou un état émotionnel… Elles obéissent à des règles qui présentent des similitudes avec celles du langage humain.
En savoir plus
Conférence-débat Quand les animaux prennent la parole !, avec Maël Leroux et Alban Lemasson, médiathèque Charles-Gautier-Hermeland, le mardi 17 mars de 20 h 15 à 22 h. Dès 7 ans. Gratuit. Inscription en ligne ou au 02 28 25 24 87. Organisée dans le cadre de la programmation de la Longère de la Bégraisière.
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Quand les animaux prennent la parole !, d’Alban Lemasson et Maël Leroux, Editions Apogée, mai 2025, 72 p.