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Culture

Carine Henry : « La Sonothèque est une petite fabrique d’humanité »

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En résidence à la Maison des Arts depuis deux ans, Carine Henry part à la rencontre des habitants de Bellevue pour collecter leurs chants. Contes, berceuses, mélopées de travail ou d’amour…les centaines de voix enregistrées viennent nourrir le projet de la Sonothèque nomade, une vaste encyclopédie du sensible. Rencontre.  

Elle est là, posée aux pieds de Carine Henry et prête à accueillir les voix qui s’aventureraient jusque dans son généreux pavillon en zinc. La collecteuse de chants est un singulier bestiaire de métal et de bois, une drôle de machine inspirée de l’instrumentarium forain et des expérimentations d’Augustus Stroh, cet ingénieur allemand du début du XXe siècle à l’origine d’instruments dotés d’un système d’amplification mécanique.

Derrière les formes oblongues de la collecteuse se love un enregistreur sonore qui immortalise, depuis deux ans, les voix de Bellevue. C’est Carine Henry, artiste associé de la Fausse compagnie et chanteuse globetrotteuse, qui est à l’origine de ce projet aux ambitions encyclopédiques et sociales. « Le projet de la Sonothèque nomade est né 2018 de ma rencontre avec Jérôme Bouvet, un artiste polymorphe qui fait le trait d’union entre les arts de la rue, le monde de la musique et les arts de la piste, explique Carine Henry, collecteuse en main. Sa sensibilité, associée à ma passion des chants, a donné naissance à cette volonté de collecter le chant dans toute sa diversité. »     

Une machine en bois et métal posée à terre, avec, au milieu, un enregistreur sonore
La collecteuse sonore avec son pavillon en zinc, fabriquée par la Fausse Compagnie.

Cartographie de l’humanité chantante

Ce petit réceptacle des mélodies d’ici et d’ailleurs, Carine Henry l’a balloté aux quatre coins de la France, et même outre-Atlantique. Chants en wolof, hébreux, anglais, arabe, italien, tibétain, occitan, français… Le projet de la Sonothèque nomade dessine une cartographie de l’humanité chantante. Mis bout à bout, ces chants forment un singulier kaléidoscope du cosmopolitisme de la société française.

Le chant est universel, il est un commun à toutes les cultures et se pratique partout, et pas seulement sur scène, souligne Carine Henry. La Sonothèque nomade ambitionne de capter ces élégances du quotidien qui nous font voyager. Bellevue en est un exemple frappant : aller dans n’importe lequel de ces immeubles, et vous avez à portée de main une matière chantante incroyablement riche. Vous voyagez, sans partir de chez vous. Il suffit de tendre l’oreille.

Carine Henry, collecteuse sonore -

Derrière ce projet généreux qui valorise un patrimoine immatériel silencieux, Carine Henry voit aussi une façon de mettre en valeur la part chantante qui sommeille en nous. « J’étais à l’université quand j’ai découvert le chant, ça a été une révélation, se souvient Carine. Ça m’a aidé à vivre, à respirer, à être au monde. Et je suis sûr que c’est le cas pour plein de gens, qu’on pousse la chansonnette régulièrement ou pas. En collectant, on offre juste aux personnes la possibilité de renouer avec leurs voix, et ce qu’ils leur font dire quand elles se mettent à chanter : la tristesse, l’amour, la tendresse, la colère, l’espoir…»

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Carine Henry et sa collecteuse sonore

Aventure humaine

Depuis sa création, les itinérances de la Sonothèque nomade auront permis d’enregistrer près de 900 personnes. Des matériaux qui se retrouvent aujourd’hui déposés sur un site dédié afin de ne pas perdre la trace de ces instants suspendus. « Chaque chant est une aventure humaine, chaque collecte est une petite fabrique d’humanité, conclut Carine Henry. La rencontre se fait, ou pas. Mais le voyage est presque toujours au rendez-vous. »

Après une pause estivale, la Sonothèque nomade repartira dans les rues de Bellevue. Et pourrait bien s’arrêter devant chez vous, le temps, fugace, d’un chant collecté…

Infos pratiques

Les chants et carnets d’itinérance de la Sonothèque sont accessibles ici : sonothequenomade.world
Le détail des autres projets de la Fausse compagnie est à retrouver ici.