Solidarités - Vie économique
Les Filles de Chantelle, sous la dentelle, la colère
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À Saint-Herblain, les machines à coudre de l’usine Chantelle se sont tues depuis longtemps. Mais pendant près de trente ans, elles ont rythmé la vie de centaines d’ouvrières, qui y ont fabriqué bien plus que de la lingerie : une conscience collective née du travail et de la lutte.
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Lorsque l’usine ouvre en 1966, au coeur de la zone industrielle herblinoise, elle attire les jeunes femmes du « coin ». Dans l’atelier, on découpe, on pique, on assemble. Mais très vite, dans le sillage de Mai 68, les voix commencent à s’élever. Une première grève éclate : une centaine d’ouvrières occupent les lieux et font entrer le syndicalisme — alors bastion masculin — dans cet univers féminin. Dans les années 1970, l’usine tourne à plein régime et emploie jusqu’à 500 salariées ! Mais le climat se durcit progressivement : nouvelle direction, suppressions d’emplois, remise en cause des acquis. Les cadences s’accélèrent, et les contrôles se généralisent.
Le 19 novembre 1981, les ouvrières décident de ne plus plier. La colère monte d’un cran et d’un étage : dans le bureau du directeur, qu’elles retiennent pendant plusieurs heures. L’affaire déborde les murs de l’usine. La presse s’en empare. La grève dure sept semaines. Chantelle est occupée jour et nuit. La détermination de celles que l’on appelle désormais « les Filles de Chantelle » paie. Elles obtiennent : hausses de salaire, primes, droits syndicaux renforcés, protection des femmes enceintes, etc. Dix ans plus tard, la lutte reprend face aux délocalisations. Cette fois, le combat est perdu. L’usine ferme en 1995. Reste une page majeure de l’histoire ouvrière locale, désormais étudiée par les sociologues et, plus récemment, revisitée par des artistes, comme le photographe Benjamin Rullier, en résidence à la Maison des arts, qui présente dès avril une exposition autour de la notion de lutte.
Un documentaire à (re)voir. En 2014, 20 ans après la fermeture de l’usine, l’histoire des filles de Chantelle a fait l’objet d’un web-documentaire, « Les dessous de la fabrique ». On y découvre les visages, les voix de celles et ceux qui ont vécu ces épisodes. Le projet a été porté par l’association Fil en têtes, en partenariat avec la Ville de Saint-Herblain, le Centre nantais de sociologie et le Centre d’histoire du travail. En accès libre sur lesdessousdelafabrique.fr