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Vie associative

Les associations entre héritage et défis nouveaux

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À Saint-Herblain,une trentaine d’associations agissent pour la solidarité internationale. De Madagascar au Sénégal, elles soutiennent l’enfance, l’éducation ou la santé, tout en affrontant la baisse des dons et le vieillissement du bénévolat.

« Pourquoi Madagascar est pauvre ? »; lance Adèle, 10 ans, en levant la main. Autour d’elle, une dizaine d’élèves participe à l’atelier animé par l’association Madagascar Solidev dans une salle décorée de vanneries et de tissus colorés. Jean-Paul et Brigitte, bénévoles, sensibilisent les enfants à la solidarité internationale, dans le cadre du festival des solidarités Festisol. Les enfants découvrent l’accès difficile à l’eau, la déscolarisation, les cyclones qui emportent tout. Les questions fusent.

À travers les paniers, chapeaux et boîtes fabriqués par les artisanes malgaches, le quotidien d’un pays lointain devient concret. Créée en 2002, Solidev soutient une coopérative de femmes qui vivent de la vannerie. « Elles fixent elles-mêmes leurs prix et nous revendons leurs objets dans des marchés, nous n’ajoutons aucune marge, raconte Jean-Paul. Tout leur revient : pour vivre, scolariser, se nourrir. » L’association apporte aussi des aides d’urgence et soutient la construction d’équipements scolaires.

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Présente sur les grands événements de la Ville (ici le forum des associations 2024), Dioka Dioki a pour nouveau projet de créer uneludothèque dans un village mauritanien.

Un paysage associatif diversifié

Près d’une trentaine d’associations sont inscrites au Carré international. La structure, installée au Carré des services, a pour objet de « de promouvoir la citoyenneté internationale et de soutenir les associations », explique Cynthia Massin, chargée de projets interculturels et internationaux.

Parmi ces dernières, beaucoup se consacrent à l’éducation et à l’enfance. Des associations historiques telles qu’Avenir Jeunes Bethléem avec le parrainage d’élèves en Palestine ou Partage Région Nantaise, qui agit en soutien à la scolarisation d’enfants en situation de handicap au Liban.

Mais aussi de plus récentes, comme Dioka Dioki, fondée en 2019 par Kadiatou, qui collecte fournitures, jouets et matériel éducatif pour des enfants mauritaniens. « J’ai toujours adoré l’école. Voir des enfants déscolarisés et être mariés parce que leurs parents n’ont pas les moyens de subvenir à leur éducation, ça me révolte », témoigne Kadiatou, qui a vécu en Mauritanie. « Je me suis alors demandée : qu’est-ce que je peux faire à mon échelle ? ». Les bénévoles d’Amitiés Godaguène, eux, s’investissent dans la santé.

L’association soutient le village sénégalais de N’Diaganiao (avec lequel la Ville de Saint-Herblain est jumelée) depuis plus de 30 ans en contribuant à l’installation d’un dispensaire médical, à l’accès aux médicaments, à des logements pour les soignants. Santé, éducation, artisanat, soutien d’urgence : les actions sont diverses, mais les inquiétudes souvent communes.

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Au complexe sportif du Vigneau, les Olympiades 2023 ont rassemblé une centaine de jeunes de 13 à 15 ans, venus des villes jumelles et de Saint-Herblain. Ici, la délégation de Bethléem.

Vu par l'élu - Bertrand Affilé, Maire de Saint-herblain, Vice-président de Nantes Métropole

Les associations disent ressentir de plus en plus de difficultés à maintenir leur cap. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

Au-delà de l’évolution de l’engagement associatif, elles traversent une période de fortes tensions, marquée par l’instabilité financière et le retrait de certains financements internationaux, notamment américains. Cela fragilise des projets essentiels, parfois menés dans des contextes de crise. Il est donc nécessaire que les pouvoirs publics, à tous les niveaux, soutiennent ces dynamiques collectives, car elles sont un pilier de la cohésion sociale et de l’action solidaire. La ville accueille une soixantaine de nationalités.

En quoi le tissu associatif contribue-t-il à cette dynamique culturelle ?

Cette diversité n’est pas qu’une statistique. Elle se vit concrètement grâce aux associations qui créent et animent des espaces où l’on transmet des langues, des arts et des récits, où l’on découvre l’autre… Ce sont de véritables leviers d’inclusion. Ainsi, en agissant à l’international, les associations font aussi rayonner une diversité de cultures sur le territoire.

Bénévoles vieillissants et dons en baisse

À Saint-Herblain comme ailleurs, beaucoup d’associations voient leurs bénévoles vieillir. Certaines affichent une moyenne d’âge autour de 70 ans. « Attirer des jeunes est devenu un enjeu vital », reconnaissent plusieurs responsables qui souffrent d’un manque d’expertise en communication et du renouvellement des pratiques bénévoles, aux engagements plus ponctuels. « Nos méthodes anciennes ne suffisent plus. Par exemple, les buvettes et fêtes de quartier ne rapportent presque rien », observe François Corbineau, président d’Avenir
Jeunes Bethléem. Les dons diminuent également. En cause : baisse du pouvoir d’achat, diminution de certaines aides locales, arrêt de financements internationaux majeurs…

L’USAID, agence américaine de développement, a en effet vu son financement gelé par Donald Trump, début 2025. « Depuis sa suppression, il y a eu une pénurie de médicaments au Sénégal et la demande d’aide s’est accrue », témoigne Danielle Berthier, présidente de l’association Amitiés Godaguène. Pour faire face à ces défis, certaines structures multiplient les leviers d’action.

L’association Nurkid Protect, créée en 2020 par trois soeurs herblinoises, investit le champ de l’insertion, de l’inclusion et de l’accompagnement des jeunes du local à l’international (construction d’une école inclusive au sud du Maroc). Pour la Ville, ces associations constituent un pilier. « Elles sont très actives et présentes dans nos événements. Elles font vivre les liens internationaux de Saint-Herblain », souligne Farida Rebouh, adjointe aux Solidarités et Affaires sociales, aux Relations internationales et à l’animation socioculturelle du territoire. Le travail de ces associations rappelle qu’à Saint-Herblain, la solidarité internationale n’est pas seulement un idéal : elle reste un engagement vivant.

Les jumelages à Saint-Herblain

La ville de Saint-Herblain entretient une forte culture de solidarité internationale. Depuis près de quarante ans, elle construit
et fait vivre des liens privilégiés avec plusieurs communes étrangères grâce à un réseau actif de jumelages. L’animation de ces relations est assurée au quotidien par l’ancien Office municipal des relations internationales et des jumelages (OMRIJ), devenu en 2021 le Carré international. Saint-Herblain est aujourd’hui jumelée avec sept villes réparties en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient :

• Sankt Ingbert (Allemagne)
• Waterford (Irlande)
• N’Diaganiao (Sénégal)
• Viladecans (Espagne)
• Kazanlak (Bulgarie)
• Cleja (Roumanie)
• Bethléem (Palestine)

En chiffres

30

Associations adhérentes au Carré international

305 millions

De personnes dans le monde auraient besoin d’aide humanitaire pour vivre dignement

+ 23 % de bénévolat

Chez les 15-34 ans en 2025

12 millions

De personnes en France sont bénévoles dans une association

C'est vous qui le dites

Marlène Abou Sada Palestinienne, correspondante de l’association Avenir Jeunes Bethléem

Ce lien avec Saint-Herblain donne de l’espoir aux jeunes Palestiniens : ils sentent qu’il y a des gens qui pensent à eux. Avenir Jeune Bethléem existe depuis la fin des années 1980. Nous avons un comité ici à Bethléem où nous décidons ensemble des jeunes à
accompagner. L’objectif de l’association est de financer la scolarité. La situation économique est très difficile : Bethléem vit du tourisme, et depuis la guerre, il n’y a plus de pèlerins, plus de travail. Beaucoup d’ouvriers n’ont plus de laisser-passer pour Israël. Tout est cher,
même les fournitures scolaires.

Depuis la guerre, recevoir de l’aide financière est très compliqué. Les virements doivent passer par la paroisse et arrivent avec des mois de retard. Mais nos liens anciens avec Avenir Jeunes Bethléem contournent ces problématiques, les cadeaux de Noël ou l’aide aux frais de scolarité comptent énormément : les enfants savent qu’ils ne sont pas oubliés.

Marta Étudiante à l’IGC Business School à Saint-Herblain et fondatrice de l’association « Glob’escale »

Notre association a pris la forme d’un festival consacré aux cinq continents. On y retrouve des stands culturels et culinaires qui mettent en avant différents pays, et tous les dons sont reversés à des associations humanitaires. L’objectif est aussi de sensibiliser aux réalités que certains pays vivent, comme le manque d’eau ou la famine. Avec la cofondatrice, nous voulons valoriser la multiculturalité : le festival est une manière de voyager et d’ouvrir les esprits. Né d’un projet étudiant, le festival a lieu chaque année en extérieur sur l’Île de Nantes.

Pour faire venir le public, nous misons beaucoup sur la communication : TikTok, affiches, t-shirts floqués, collaborations avec des comptes Instagram. Nous avons aussi des partenaires qui nous prêtent des barnums et d’autres équipements. Notre ambition est de faire grandir cet événement et de créer un espace où les cultures se rencontrent vraiment.

Vincent Pradier Groeting Chercheur à l’IAE de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne

Deux enjeux majeurs traversent les
ONG et les associations d’aide internationale. Le premier tient à leur histoire, liée au fait colonial : dans les anciennes colonies, beaucoup d’ONG se créent
pour fournir des services essentiels en lieu et place de l’administration coloniale. Cette dimension postcoloniale demeure dans plusieurs aspects : les
fortes asymétries salariales au sein des grandes ONG entre expatriés occidentaux et “staff nationaux”, mais aussi la persistance d’un syndrome du sauveur
blanc, qui renvoie à la mission civilisatrice des anciens empires coloniaux.

Cette question est au coeur des réflexions des ONG françaises. Le secteur se transforme également sur la question environnementale : qui prend l’avion et pourquoi ? Ces deux enjeux se conjuguent dans ce que j’appelle une double injonction environnementale et décoloniale qui force les ONG à agir sur ces deux dimensions.

Le 29 octobre 2025, dans mon studio, Paris 19e. Portait de Vincent Pradier ©Pauline Fournier

« Place auX MondeS »

Festival Place auX Mondes Saint-Herblain s’associe à la 5e édition de « Place auX MondeS », temps fort métropolitain consacré aux coopérations internationales. Du 1er au 12 avril 2026, l’événement se déploie dans plusieurs communes du territoire, dont Saint-Herblain. Le samedi 4 avril, l’association Nurkid Protect organisera à la salle de la Carrière le festival « Amazigh du monde ». Cette journée mettra en valeur la culture berbère à travers chants, danses, récits et conférences, avec la participation de nombreux partenaires associatifs.
Plus d’infos : ong.nurkid@gmail.com