Culture
Racontez-lui vos luttes
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« Si le mot lutter résonne en vous, venez. On prendra le temps d’en parler. » En résidence pendant six mois à la Maison des Arts, le photographe et auteur Benjamin Rullier s’empare de ce terme pour en explorer toutes les nuances à partir de témoignages recueillis sur le territoire. Un travail qui donnera lieu à une exposition au printemps 2026.
Depuis plusieurs années, Benjamin Rullier sillonne les routes, muni de son enregistreur et de son appareil photo argentique. À la frontière de l’enquête sociologique et du récit poétique, ses projets — tantôt artistiques, tantôt journalistiques — donnent à voir des vies, des trajectoires, des fragments d’existence saisis par l’écrit et l’image.
À chaque résidence, ce trentenaire curieux cherche un point d’ancrage local. À Saint-Herblain, son attention s’est portée sur l’usine Chantelle et, plus précisément, sur celles que l’on a appelées les « Filles de Chantelle ». Pendant 15 ans, ces ouvrières ont résisté, défendu leur outil de travail, leur emploi et leur dignité. Malgré la fermeture de cette fabrique de lingerie en 1995, leur combativité a marqué l’histoire sociale et fait d’elles des figures locales de la lutte ouvrière féminine.
Les Filles de Chantelle, déjà largement documentées à travers livres, recherches et documentaires, servent aujourd’hui de point de départ à une réflexion plus vaste de Benjamin Rullier sur la notion de lutte.
À travers ce projet, il interroge le sens même de l’engagement : que signifie lutter pour celles qui se sont battues jusqu’au bout, à l’heure où les mobilisations sociales peinent à se faire entendre ? Dans les trajectoires individuelles comme dans les combats collectifs, la lutte est-elle toujours une nécessité ? Existe-t-il d’autres formes de résistance ? Ces questionnements ont une résonance particulière pour cet artiste, issu d’un milieu ouvrier peu marqué par la culture militante, où dominait l’idée qu’« il fallait se contenter de ce que l’on avait ».
Pour nourrir sa démarche, l’artiste lance un appel à témoignages. Il cherche des femmes et des hommes prêts à raconter leur lutte, quelle qu’en soit la forme. Intime ou collective. Silencieuse ou revendiquée. Du bouche-à-oreille à l’élan spontané, il a rencontré, depuis le début de sa résidence à la Maison des Arts, une dizaine de personnes qui vivent sur le territoire herblinois, y travaillent ou le traversent.
Il y a cette jeune femme, survivante d’un viol, qui lutte chaque jour pour rester debout. Ce vieil homme à la rue, davantage occupé à survivre qu’à vivre. Cette personne confrontée à la maladie, qui questionne le sens même de la lutte lorsque l’issue semble écrite. Ou encore cette jeune militante, convaincue de la force du collectif, engagée sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes ou contre les méga-bassines de Sainte-Soline. Autant de récits contemporains qui font écho au combat des Filles de Chantelle, dont Benjamin Rullier rencontrera prochainement l’une des figures.
« Je ne cherche pas l’universel, insiste-t-il. J’invite à se questionner, à regarder le monde depuis la place de l’autre. » Le fruit de cette résidence sera à découvrir lors d’une exposition à la Maison des Arts, du 1er avril (vernissage) au 31 mai 2026.
Pour raconter vos luttes à Benjamin Rullier, contactez-le au 06 73 01 94 43 ou par mail à benjaminrullier@mailo.com et pour en savoir plus, rendez-vous sur benjaminrullier.fr